Par MiKel Hirribaren, éleveur ovin Pays Basque, secrétariat national

Abattoir

 

Le 29 mars, pour la troisième fois, des images d'abattoir ont éclaboussé les visages des citoyen·ne·s des villes et des campagnes. Quelqu'un a tourné - à Mauléon-Licharre, cette fois - et diffusé des images insupportables. La colère et la rage débordent de partout. « Des souffrances atroces et inutiles à ces pauvres bêtes », disent certains. « Conditions de travail trop difficiles et travailleurs sous pression », pensent tout de suite les autres

Je songe à un ancien, un voisin paysan qui a quitté ce monde depuis longtemps. Quelle belle proximité avec sa petite troupe de brebis ! Il vivait tellement pour ses bêtes, et celles-ci le lui rendaient bien. Entre tant de souvenirs, j'ai gardé de ce vieux pâtre la fois où il s'était décidé  à sacrifier une de ces brebis pour la partager en famille. Il lui marmonnait déjà régulièrement quelques mots, jusqu'au jour où il la coucha sur une table et lui enfila son couteau de berger bien affûté à travers le cou, une première fois et plusieurs fois de suite... en vain, car il n'en sortait jamais ce jet de sang qui signe la mort. Déçu ou plutôt soulagé, le vieil homme remit sur pied la bête, lui soigna les plaies du couteau et la rendit à la vie, comme si de rien n'était.

Tout récemment encore, sur une grande chaîne de télévision, c'est un éleveur de porc basque qu'on nous présentait, fier et heureux au milieu de la forêt, qui grattait et caressait tranquillement le dos d'une de ses truies à taches noires, trop docile.

Il y a mille preuves partout dans nos campagnes pour montrer que les animaux sont plus que bien traités par les éleveurs et les éleveuses. Après chaque traite, nous garnissons de lait chaud de brebis la gamelle des chats flemmards qui sont sur la ferme pour chasser les souris, loin du cuir des canapés où certains de leurs congénères sont recroquevillés, confinés dans les appartements de ville, à attendre leur ration de croquettes.

Deux civilisations ne seraient-elles pas en train de cohabiter ? Les éleveuses et éleveurs, installés ici depuis longtemps, qui entretiennent vallées, montagnes et campagnes, fournissent des produits appréciés et n'ont souvent qu'un maigre revenu en retour de tant d'heures et d'efforts consacrés aux animaux et au métier. Et puis, des chefs lieux de canton aux métropoles à résidences verticales, des populations urbanisées, davantage sous l'emprise de modes de vie plus sophistiqués et de modèles de consommation alimentaires plus artificiels, qui ne voient plus que loisir ou compagnie chez nos amis les bêtes!

Personne ne veut leur faire de mal, aux animaux. Les dommages par contre sont multiples après les vidéos de Mauleon, du Vigan ou d'Alès. Ces abattoirs de proximité sont fermés, pour un temps ou à jamais. Des ouvriers lourdement désignés coupables. Des éleveuses et des éleveurs impuissants et révoltés. Et combien de concitoyen·ne·s qui ne savent plus à qui se référer.

Un dessin de Samson résume bien des débats (1). Un paysan mène ses vaches sur un chemin de campagne. Les tenants de l'élevage industriel sont là sur le du coté du chemin, affichant « L'élevage aux vrais professionnels !» et traitant notre homme de ringard. De l'autre coté s'agitent les fervents du véganisme, banderoles déployées pour dénoncer que viande égale meurtre, et traitant l'éleveur de salopard. Et notre dessinateur de faire dire au vacher : « Pas facile d'être la voie paysanne ! »


Mikel Hiribarren, paysan au Pays Basque, secrétaire national


A LIRE - dossier du dernier numéro de Campagnes Solidaires : pdfCS_318_dossier-relocalisation.abattoirs.pdf1.1 Mo

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